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Diaries of a Dead African de Chuma Nwokolo est un bon texte qui tisse une histoire sur deux générations, celle de deux frères et de leur père. Il dépeint une histoire de pauvreté, de richesse, de colère, d’amertume, de la société nigériane d’aujourd’hui et, surtout, de la lutte pour vivre ou mourir. Elle est centrée sur Meme Jumai et ses deux fils, Calamatus et Abel. Il est raconté dans un style unique de journal intime qui voit les mains de l’écriture passer du père au fils, au frère et finalement à vous, le lecteur. Il s’agit, pour ainsi dire, d’un journal intime en trois parties. Les entrées sont profondes et totalement différentes en raison des diverses circonstances dans lesquelles se trouvent les personnages. Sans parler des différences évidentes qui découlent du point de vue du type de personnage, de sa personnalité, de son âge, etc. Mais pour en venir au fait…

Voici le premier chroniqueur, Meme Jumai, un agriculteur de quarante-neuf ans, père et mari à Ikerre-oti, qui perd sa femme à cause d’un “vulcanisateur”. Elle part avec toutes les ignames qu’il possède, le laissant avec seulement trois tubercules qu’il s’entraîne à chérir, commençant à les cuisiner petit à petit. La faim se fait sentir dans ses notes, alors qu’il se bat en attendant la récolte qui n’est que dans quelques jours. Pendant ce temps, Meme s’occupe également de sa chèvre enceinte dans l’espoir qu’elle donne bientôt naissance à des chevreaux qui le soulageront de ses douleurs. Malheureusement, la chèvre meurt d’une morsure de serpent. L’homme qui n’a pas pleuré au départ de sa femme, pleure au passage de sa chèvre. Il essaie de cacher une partie de la chèvre pour pouvoir la manger. Pour vérifier si la viande n’est pas empoisonnée, on découvre plus tard qu’une partie de la chèvre est donnée au chien d’un voisin qui meurt. Meme jette la viande de peur et pleure encore plus qu’avant ! Il découvre plus tard que le chien a en fait été renversé par une voiture ! Il déglutit en entendant cette triste nouvelle, mais est assez courageux cette fois pour manger son chagrin en silence. Il passe le reste de ses journées à essayer d’éviter les affres de la faim tout en essayant d’être aussi digne et parfois, pas si digne. Meme supplie différentes personnes de lui donner juste un peu d’argent pour survivre, mais en vain. Le village se moque de lui, faisant de lui le nouvel idiot, tandis que ses enfants souffrent des conséquences de son épisode de la chèvre : Son fils, Abel, est renvoyé de l’endroit où il se rend pour demander la main de sa petite amie enceinte, Patie, en mariage. Le courageux Meme continue sa lutte à travers la vie avec peu de choses, espérant arriver à la récolte quand il obtiendra son riche rendement et sera comblé. Alors qu’il semble que tout est perdu et qu’il va mourir, la récolte arrive ! Avec la force de la détermination, notre chroniqueur se rend à la ferme malgré les visages des autres villageois pour constater que les rendements du village ont été attaqués par des parasites qui percent des trous dans les tissus mêmes de chaque igname. Le cultivateur d’ignames a dépensé tout son chagrin et ses larmes, ce qui ne lui laisse guère d’indifférence. Il retourne chez lui, prend le fusil qu’il a hérité de son père, et va chercher les hommes qui auraient pu changer la donne avec un peu de… Il ne descend pas seul…

Le deuxième chroniqueur est Calamatus ‘Calamity’ Jumai, escroc et second fils de Jumai. Il revient avec une vengeance et de l’argent. Il utilise son argent sur les villageois en faisant des singes de tout le monde, de l’Igwe au plus petit du pays. Dans une société qui vénère l’argent plus que toute autre chose, il n’a pas besoin de faire grand-chose pour qu’ils se plient à ses ordres, si ce n’est de jeter quelques liasses de billets, ce qu’il fait. Pendant ce temps, il escroque un Américain particulier, Billy Barber et lui arrache beaucoup d’argent. Calamatus construit un immeuble à étages à la place de l’immeuble délabré de son père. C’est un homme fier dont la principale contrariété dans la vie est qu’il n’a pas le don d’un pénis en raison d’une erreur commise par une infirmière lors de sa circoncision : une simple toux et le rasoir ont transformé une circoncision en castration. Son ambition est d’achever la personne qui a commis cette grosse erreur, si seulement il pouvait trouver qui. Calamatus restaure la fierté de sa famille en se vengeant sur le village entier pour tout ce qu’ils ont fait à son père. Il leur donne à tous la diarrhée lorsqu’il organise une grande fête pour eux. Ils l’accostent alors qu’il appelle la personne à qui il a donné le contrat de nourriture. Elle jure sur tout ce qu’elle sait, avec des répercussions de mort sur elle et sa fille, qu’elle n’a pas empoisonné le riz qu’ils ont tous mangé. Elle décide de transformer ce même serment en une malédiction contre les habitants du village si elle n’a pas empoisonné le riz, mais les gens lui disent rapidement que tout va bien et s’en vont, satisfaits au moins de son explication – leur mal restant. Il s’avère que le poison était dans la chèvre – a-t-elle menti ? Calamatus organise également un mariage traditionnel pour son frère, Abel, et fait en sorte que les beaux-parents se vengent d’avoir déshonoré son frère plus tôt en le refusant au motif que sa famille mangeait des animaux morts. Une tête de chauve-souris est retrouvée dans la soupe offerte par la belle-famille ! Patie, la petite amie d’Abel, ne trouve pas cela drôle et ne lui pardonne pas. Calamatus donne à Abel un carton d’argent et lui montre également une vieille lettre de leur mère qui contrarie Abel, qui retourne dans sa ville pour y avoir un accident. Le compagnon d’Abel, Tendu, perd sa jambe. Calamatus continue à se développer et à faire des progrès monumentaux dans son entreprise, devenant un homme plus grand se heurtant aux autorités traditionnelles tout en trouvant son chemin avec de l’argent et en faisant des singes des mêmes personnes qui ont fait la même chose à son père. Puis, dans un élan de colère, l’un de ses “singes” lui révèle le secret qui l’empêche de se marier. Une révélation qui implique également que la femme de l’homme, une infirmière, doit être responsable de sa “calamité”. Il ne reste plus qu’à accomplir la promesse de sa vie pour mettre fin à la cause de son plus grand problème. Il porte le pistolet de son père, mais ne peut obtenir de balles car aucun de ses garçons ne l’aide. Il décide de suivre la voie de l’enfer, pour le meilleur et pour le pire… Abel Meme-Jumai prend la dernière partie du journal de Jumai, qui se poursuit là où son frère s’est arrêté. Il est un écrivain de fiction en herbe, mais aussi une plume à louer presque accomplie, avec un passé rempli de secrets, y compris celui d’un ancien détenu. Il est déterminé à vivre une vie très longue et presque ennuyeuse. Patie refuse de revenir. Il tente de dédommager Sikira, la petite amie de Tendu. La jeune fille prend l’argent et s’enfuit à Lagos tout en offrant à ses parents une vie meilleure. Tendu ne pardonne pas à Abel. Pendant ce temps, les garçons de Calamatus essaient d’escroquer Abel de l’énorme succession de son frère laissée sur un compte dont il était maintenant signataire en tant qu’administrateur. Il les prend au dépourvu lorsqu’il reçoit l’appel d’un éditeur pour faire publier son œuvre. Il tient tête à sa mère qui le maudit. Il obtient un contrat de l’éditeur et d’un politicien pour écrire un livre contre un autre politicien, qui est un ancien détenu. En retournant chez l’éditeur, il découvre que son génie n’a pas vraiment d’importance pour qui que ce soit. Ce n’est qu’un stratagème de l’éditeur et de ses acolytes pour l’escroquer (Abel) de l’argent de Calamatus en banque. Comme les garçons, il appelle leur bluff. A la maison, Tendu vient le supplier tôt le matin de le tuer. Il part se promener et décide de rendre la monnaie à Tendu avec de l’argent. À son retour, il découvre que Tendu est mort et que leurs colocataires réclament du sang, le sang du meurtrier – le sang d’Abel. Un lynchage l’attend. Alors qu’Abel se demande qui l’aurait fait, Tendu ou quelqu’un qui cherche son sang, le bon sens lui dit de fuir. Il le fait, ramassant tout ce qu’il peut et les restes de l’argent que Calamatus lui a donné.

Il y a bien d’autres choses, dont une rencontre avec Billy Barber. Que se passe-t-il ensuite ? Va-t-il suivre le chemin de ceux qui l’ont précédé ? Comment tout cela finit-il ? L’issue est assurément pleine de suspense et inattendue. Il crée un terrain propice à d’autres réflexions et à plusieurs regards en coulisse. Le livre s’écoule en laissant l’histoire à une hauteur qui est à la fois provocante et inspirante…

Dans l’ensemble, le livre est un roman complet, reliant les diverses réalités du Nigeria d’aujourd’hui dans un joli récit tissé. Il passe du point de vue du vieux père analphabète du village avec toute la valeur traditionnelle, pleine de sagesse et de proverbes d’antan, au fils escroc semi-alphabète, Calamatus, qui n’a pas besoin d’une éducation pour être respecté ou avoir du confort. L’argent fait tout, il montre le côté de l’arnaqueur nigérian. Abel prend l’arrière, l’image réelle de l’intellectuel arnaqueur qui espère faire marcher les choses contre vents et marées, avec des chances de jouer de mauvais tours. Entre eux, les lacunes sont comblées et la tapisserie est correctement tissée, montrant l’ensemble de l’histoire nigériane. Ainsi, il y en a pour tous les goûts, des amoureux traditionnels ou du type Achebe à ceux de la narration plutôt branchée. En somme, il y a trois voix distinctes, uniques et captivantes à tous points de vue, auxquelles tout le monde peut s’identifier. D’une certaine manière, l’auteur semble mêler la fiction populaire à l’écriture littéraire, créant ainsi quelque chose d’unique et non dénué de beauté.

Le langage utilisé par l’auteur est simple et presque élémentaire. Il utilise abondamment l’humour pour épicer son récit, vous faisant rire de cas qui vous sembleraient ordinairement ennuyeux. Dans ce livre, Nwokolo crée un récit réaliste qui est totalement crédible et concevable. Il trouve également le moyen de susciter de l’empathie pour ses personnages. En outre, grâce à l’utilisation de la forme du journal intime, il donne au lecteur l’impression d’être celui qui se trouve dans la situation. Le lecteur est amené à regarder les choses du point de vue des principaux acteurs, à ressentir leurs souffrances et, à la lumière de ces éléments, à porter un jugement éclairé. Le recours à d’autres auteurs pour réviser ce qui a été dit par d’autres permet également au lecteur d’avoir des pensées variées tout en partageant les sentiments de celui qui est en charge de la narration à un moment donné.

 

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